Il paraît qu’il faut relativiser. J’en suis totalement incapable. Mes émotions sont anarchiques, de véritables parasites. Elles grignotent avidement mon sens de la mesure. Aimer avec retenue, cela m’est impossible. Et lorsque la colère monte, elle devient volcanique. Peut-être ai-je tort, peut-être suis-je beaucoup plus difficile à vivre et supporter que je le pense, mais je ne peux m’empêcher de trouver ce reproche d’une injustice cruelle. La plupart du temps, je m’efforce d’enterrer mes véritables sentiments. Je rentre bien sagement dans le moule et je m’efface derrière les désirs des autres. Ce que je suis réellement, ce qu’ils voudraient que je sois, c’est du pareil au même pour moi. Alors il y a Sally, jeune fille enjouée, parfois drôle et toujours affable. Une profondeur feinte et une prédilection pour les discussions pseudo philosophiques. Puis il y a Oriane, ancienne laissée pour compte, un peu seule, toujours mal à l’aise, un verre à la main pour maquiller la peur. D’échecs en désillusions, elle vogue entre deux eaux et tente, tant bien que mal, de ne pas se noyer dans ses angoisses. Une schizophrénie difficile à gérer et un Mr Hyde qui, parfois, prend un peu trop de place.
“I had the idea that you were here…” (Vous rigolerez moins quand ça vous arrivera vraiment)
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Où est passée la tendresse ? Quid de l’affection ? Celle que tu me portais, celle que j’avais à ton égard ? Qu’en est-il, d’ailleurs, des regards ? Ceux que l’on se lançait, témoins de notre indicible complicité ? Où se planquent donc nos souvenirs ? Où sont passées nos joies ? Ces bonheurs fugaces, effacés, oubliés, comme autant de trous de mémoire. La douleur est intense, vive et déchirante. Elle me remue les entrailles, me brûle l’estomac. Le coeur, quant à lui, est en lambeaux. La fureur aux lèvres, je ne fais plus qu’éviter ta présence. Fantôme de ce que je croyais être une belle histoire, tu erres dans l’appartement, rases les murs, et pendant que tu refoules ta colère, j’entretiens ma rancoeur. Je te veux médiocre, tétanisé par la honte, affaissé sous le poids de la culpabilité, misérable alors que tu te penses digne. Imposteur, simulateur, épouvantail de droiture. Toi et ton honnêteté de pacotille, toi et ton empathie factice. Hargneuse, je le deviens, en pensant à tes mots. Ceux que tu as utilisé pour me désigner, me rabaisser, m’humilier. Ceux que tu as choisi pour me décrire, toi qui, il n’y a pas si longtemps pourtant, prétendait me témoigner du respect. Tu nous pensais grands, tu nous as réduit à néant. On naît poussière et on redevient poussière, qu’ils disaient. Mensonges ! A la fin, il ne subsiste que de la boue. Fange nauséabonde, je te subis, te sens, te crache, te vomis. Partout. Tu es partout. Dans mes poumons, mon ventre et mon crâne. Tantôt magma, bouillonnante lorsque je pense à toute cette haine que tu as déversé sur moi. Tantôt stagnante, froide, presque figée, embourbant mon corps tout entier, recouvrant jusqu’à ma compassion, argile sèche et glaciale. Me voilà paralysée, moi qui n’ai jamais expérimenté la violence, rarement connu la rage. Me voilà muette et démunie face à cette avalanche d’obscénités, à toutes ces choses que tu as écrit sans ciller. Petit gosse capricieux, brute du fond de la classe, tes insultes, ombre d’homme, sont parvenues à me retourner. Mes mains ne sont plus seules à trembler, c’est ma chair toute entière qui se tord et s’agite tandis que je ravale ma fierté. Une pilule qui a bien du mal à passer. Trop imposante pour qu’elle n’écorche pas les certitudes, trop acide pour qu’elle n’ulcère pas l’ego. J’ai mal, terriblement mal. Pas un ersatz de souffrance que l’on peut taire à son gré, rien qui se mette de côté, pas une de ces douleurs sourdes qui vous laisse le temps de reprendre votre souffle, la mienne vous enfonce entièrement la tête sous l’eau. La peine est immense, l’écoeurement, plus encore. Le dégout, lui, est infini : proportionnel à la trahison, tranchant grossièrement dans le vif de vos émotions, éclaboussant les murs, se logeant jusque sous vos ongles. Sali, oui, tu m’as sali. Tâchée de ton amertume, dépouillée de notre amitié, je reste là, hagarde, et j’écris comme on frappe sur un sac de sable.
“J’suis posté sur le toit avec un oeil de snipper, le canon braqué sur toi, un point rouge contre ton coeur.”
Poésie du soir, bonsoir.

Petite boule de papier froissé, je te lance loin de moi pour mieux t’annihiler. Abysses de pensées sans fond et de concepts abstraits, de phrases au sens abscons aussi vite oubliées, de lectures indigestes que je jette sans délai. Que tu puises ta force dans les livres ou l’errance, que tu sois très léger ou au contraire immense, je maudis ton emprise autant que ta présence. Tu flirtes avec moi, tu m’abordes sans cesse, et c’est pourquoi parfois, je plie sous tes caresses, je courbe l’échine pour ainsi t’éviter, comme je change de chaîne pour mieux t’éliminer. Tu ronges mes journées, grignotes mes instants, étires chaque seconde pour en faire un moment, ô comme tu étioles toute mon inspiration, ô comme tu asphyxies beaucoup de mes passions. Ennui, terrible maux, de notre vide époque, qui me gave de séries, m’accule à la syncope, qui change l’or en plomb, pervertit l’âme pure, transforme le Normalien en disciple d’Arthur. Ennui, qui s’immisce dans le moindre recoin, profite du temps libre pour s’en faire un tremplin, saute alors à pieds joints dans chacune de vos pauses, atrophie votre vie, amplifie vos névroses. Me laisseras-tu en paix, ô toi, mon triste sire ? Parviendrai-je un jour à te faire déguerpir ? Trouverai-je dans l’existence l’attrait suffisant, pour ne plus faire de toi mon si pénible amant ? Ennui, pesant complice, compagnon de toujours, cousin du désespoir et berceau de l’amour, toi qui prends sous ton aile la procrastination, cesse donc de me hanter avec obstination. Ennui, toi qui me pousse à créer ce Tumblr, ô éreintant ami ,dis, quand viendra ton heure ?